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Recension de l’ouvrage de Tim Cook, The Madman and the Butcher: The Sensational Wars of Sam Hughes and General Arthur Currie par Micheal S. Neiberg

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Tim Cook,  The Madman and the Butcher: The Sensational Wars of Sam Hughes and General Arthur Currie (Toronto: Allen Lane Canada, 2010). 472 pages.

Recension de Michael S. Neiberg (United States Army War College)

Les historiens aiment à réduire les hauts dirigeants (mais surtout les chefs militaires) aux catégorisations binaires. Nulle part ailleurs, nous ne voyons cette tendance affichée de façon plus évidente que dans la longue bataille entre les défenseurs de Douglas Haig et, comme on pourrait aujourd’hui les considérer, ses ennemis. Les pressions intenses ressenties par les officiers supérieurs, les environnements d’informations souvent incomplètes dans lesquels ils travaillaient et la réalité crue de devoir souvent choisir parmi un mince éventail de bonnes options s’effacent souvent dans un contexte de louanges délirants ou de mépris aveugle. Tim Cook évite cette tentation dans son livre puissant et instructif The Madman and the Butcher. Les lecteurs de l’histoire militaire canadienne sont (ou devraient certainement être) familiers avec les travaux précédents de Cook sur le Canada et la Grande Guerre. L’analyse innovante et la clarté de l’écriture caractérisant ses livres brillent également dans cette double biographie de deux des plus importants dirigeants de guerre du Canada.

Il aurait été facile de simplifier et de caricaturer les deux hommes au cœur de ce livre. Sam Hughes, ministre de la Milice du Canada de 1914 à 1916, pouvait certainement être arrogant, têtu et irascible à l’extrême. Son style politique combatif, sa haine virulente des Catholiques et des Canadiens français et ses délires de grandeur font de lui une cible facile. De même, Arthur Currie, avec son apparence caractéristique contraire au style anglais, sa préoccupation pour le bien-être de ses hommes et ses méthodes militaires innovantes, reste le chef militaire le plus admiré de l’histoire canadienne. Pourtant, Cook évite la tentation de simplifier l’un ou l’autre de ses hommes. Il montre que Hughes, malgré tous ses attributs négatifs, était très probablement le seul homme au Canada en 1914 pouvant organiser l’effort pour mettre le pays sur un pied de guerre. Son dévouement à l’identité canadienne assurait en outre que la guerre allait devenir un moment déterminant dans le développement d’un Canada indépendant. De même, pour toutes ses forces, Cook montre que Currie ne possédait pas la capacité à connecter avec ses hommes en plus de faire sa part d’erreurs opérationnelles.

Cook humanise ainsi les deux hommes, bien que son admiration plus grande (mais bien compréhensible) pour Currie est perceptible tout au long de l’ouvrage. À différents moments, Currie et Hughes furent des collègues, des amis, des ennemis et des rivaux. Plus important encore, leurs visions différentes de la Force expéditionnaire canadienne et du Canada en général révèlent de façon plus générale les tensions qui se développèrent au cours du conflit. Le fait que leur rivalité ait survécu à la mort de Hughes permet aussi à Cook de parler des questions de l’après-guerre. Ces tensions ont joué dans un procès dramatique en diffamation intenté en 1928 par Currie contre deux rédacteurs en chef de journaux. Sam Hughes était mort depuis près de sept ans lorsque le procès commença, mais son fantôme hanta non seulement la salle d’audience mais aussi la quête constante pour donner un sens à l’expérience de la Grande Guerre du Canada.

La réalisation la plus impressionnante de ce livre fascinant est la façon dont Cook utilise l’histoire de ces deux hommes, et l’antagonisme entre eux, pour raconter l’histoire plus vaste de l’expérience de guerre du Canada. Chargé d’inefficacités, d’intrigues politiques et de désaccords avec les Britanniques, l’effort de guerre canadien s’effectuait de façon irrégulière. L’adoption et le maintien de l’utilisation du désastreux fusil Ross montre l’expérience canadienne de la guerre au plus bas. En  raison de la politique et de son fort sentiment de nationalisme canadien, Sam Hughes continuait de plaider pour le fusil beaucoup plus longtemps qu’il n’aurait dû. Les récriminations sur l’attaque canadienne sur Mons, le dernier jour de la guerre, témoignent également de ces tensions et servent de contraste au consensus sur ce qu’on pourrait appeler le mythe de Vimy.

Cook aborde ces sujets, et plus encore, avec une main habile et un style attrayant. Travaillant avec deux personnages plus grands que nature, il sait quand il faut laisser les hommes s’exprimer d’eux-mêmes. Mais il sait aussi quand il faut pousser sa preuve au-delà des significations superficielles pour approfondir la compréhension du Canada et de ses expériences de la Grande Guerre. Les derniers chapitres du livre, qui analysent le procès en diffamation, éclairent les enjeux de mémoire et la quête plus grande du sens de la guerre. Même Currie, le héros canadien de la Grande Guerre, se questionnait au sujet de ses différentes significations. Il devint un ardent défenseur du désarmement dans les années précédant sa mort.

Tout comme la biographie commune de Dennis Showalter sur George Patton et Erwin Rommel, l’ouvrage The Madman and the Butcher est beaucoup plus que les deux hommes qui y sont au cœur. Les lecteurs qui ont admiré les autres œuvres de Tim Cook sur le Canada en guerre entre 1914-1918 verront en ce livre un complément de valeur. Les lecteurs trouveront également plusieurs autres sujets d’intérêt, y compris la haute direction en temps de guerre, les relations civiles et militaires et les voies empruntées par les sociétés pour se rajuster à la paix. Je ne pense pas que Sir Sam aurait approuvé, mais peut-être que c’est pour le mieux.

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Posted by:

Kellen Kurschinski

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