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Recension de l’ouvrage de Victoria Belco, War, Massacre, and Recovery in Central Italy, 1943-1948 par Cindy Brown

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Victoria Belco, War, Massacre, and Recovery in Central Italy, 1943-1948 (Toronto: University of Toronto Press, 2010). 592 pages.

Recension de Cindy Brown (University of Western Ontario)

L’ouvrage War, Massacre and Recovery in Central Italy, 1943-1948 de Victoria Belco est une étude monumentale de trois villages dans la région d’Arezzo, en Italie, qui s’appuie sur une multitude de sources d’archives italiennes, britanniques et américaines pour décrire comment d’ordinaires Italiens avaient pu non seulement endurer mais aussi se remettre de la Seconde Guerre mondiale. War, Massacre and Recovery révèle la complexité de la guerre dans la province d’Arezzo et, par prolongement, met en lumière les problèmes qui ont miné le reste du pays pendant et après la guerre. Belco concentre son attention sur la période couvrant les années entre 1943 et 1948, « span the most intense period of war for Italy and the most intense period of the country’s reconstruction » (Belco, p. 5). Le travail de Belco recèle beaucoup de détails sur la souffrance des civils italiens et les destructions causées par la guerre. Son étude porte sur l’impact des attaques aériennes alliées, l’occupation étrangère, la résistance en plus des massacres de civils italiens de la province d’Arezzo par les Allemands et le processus de reconstruction après la guerre. Belco brosse un tableau complet d’une expérience de guerre unique et compliquée. Mais cette étude ne représente qu’un des innombrables exemples de la façon dont les Italiens ont enduré la guerre.

Belco ne prétend pas faire autre chose que raconter l’histoire de la population d’Arezzo et de la manière qu’elle a enduré la guerre. La souffrance et la dévastation constatées dans la province d’Arezzo étaient à la fois semblables et uniques à celles trouvées ailleurs. Après le déplacement du front vers le nord, les autorités locales et nationales ont commencé le processus de reconstruction et de guérison, y compris le processus du deuil des morts. Les fonctionnaires ont élaboré des critères favorisant ceux qui étaient morts pour la cause de la libération. Les personnes tuées ou blessées par la guerre ainsi que les membres survivants de leur famille ont été classés en « victimes politiques » ou en « victimes de la guerre » (Belco, p. 169). Les partisans italiens tués ou blessés dans les soi-disant meurtres par représailles (après l’armistice du 8 Septembre 1943) ont reçu le statut de victimes. Les deux étaient considérés comme des victimes politiques et, par conséquent, méritaient davantage de respect que les Italiens tués par les engins de la guerre frappant à l’aveuglette tels que le bombardement aérien ou les mines. Malgré cette dichotomie entre les victimes politiques et les victimes de guerre, plusieurs paliers de gouvernement italien ont favorisé la diffusion d’une identité de victime commune à tous les survivants. Malheureusement, Belco a constaté que la pratique ne se traduisait pas toujours en un soutien significatif de l’État (Belco, p. 171).

Deux questions particulièrement impérieuses se distinguent parmi les découvertes importantes de Belco. Tout d’abord, l’étude de Belco révèle que la population d’Arezzo n’avait pas confiance en l’État pour reconstruire leur province. La guerre et ses conséquences n’ont pas fait grand chose pour améliorer la relation déjà difficile entre l’État italien et ses citoyens. Cependant, Belco constate que les Italiens ont pris les choses en mains pour reconstruire leur société éclatée et, dans le processus, ils ont acquis un nouveau palier d’organisation absent avant la guerre. Au bout du compte, le gouvernement national était incapable de faire face à l’énorme défi de la reconstruction. Celle-ci était donc effectuée au niveau local, en fonction de l’initiative locale, de l’argent et de l’organisation.

La force du travail de Belco tourne autour de son interprétation des effets de la guerre sur Arezzo, ce qui en fait un incontournable pour ceux qui se concentrent sur l’étude de la guerre et de la société. Si la guerre a traversé relativement rapidement la province d’Arezzo, elle était néanmoins brutale. Son emplacement sur la ligne ferroviaire principale de Rome à Bologne faisait de cette région une cible incontournable de l’opération Strangle, la tentative alliée pour couper les lignes d’approvisionnement allemandes à l’aide de la puissance aérienne. Les raids aériens sur la route et les jonctions ferroviaires détruisaient également des maisons, des fermes, des entreprises, des aqueducs en plus de terroriser la population. Une population désespérée a été soumise à la colère de l’Armée allemande qui battait en retraite alors que celle-ci entreprenait le massacre des civils par des meurtres de « représailles » tout au long des mois de juin et juillet 1944. Comme le décrit Belco, la population d’Arezzo subissait les actions des deux parties belligérantes.

La diversité des expériences des différentes régions du pays constitue l’un des plus grands problèmes historiques de l’Italie de la Seconde Guerre mondiale. La géographie et l’évolution constante de la campagne militaire ont aggravé la diversité régionale déjà existante. Le relief montagneux donnait l’avantage aux défenseurs allemands en plus d’isoler de la guerre de nombreuses communautés et d’en placer d’autres fermement sur la voie de la destruction. L’avance alliée vers le nord était parfois rapide et sans opposition alors qu’à d’autres moments elle stagnait pendant des mois, soumettant les Italiens à des mois de combats acharnés. Pour les Alliés, l’Italie constituait un front secondaire à celui de la Normandie et, par conséquent, les armées alliées ont dû mener la campagne avec moins de ressources. Ils s’estimaient également tenus de fournir de la nourriture aux civils italiens pour des raisons à la fois morales et pragmatiques. Des Italiens affamés et désespérés derrière les lignes alliées constituaient un danger potentiel pour les lignes de ravitaillement. Les conditions dans lesquelles évoluaient les Alliés, c’est-à-dire à faire plus avec moins, signifiaient aussi que la présence des armées alliées avait un impact plus important sur la population locale. Comme le note Belco, les armées alliées réquisitionnaient des fournitures et des biens en plus d’imposer des restrictions sur les Italiens pour soutenir l’effort de guerre. (Belco, p. 111)

Belco est plus critique des bombardements alliés que des meurtres de représailles commis par les Allemands. Sa critique se fonde sur le principe que les raids alliés dans la région Arezzo n’ont rien accompli. « Although it did not drive the Germans out of Central Italy, Operation Strangle successfully killed and injured Italian civilians, greatly disrupted civilian life, and severely damaged he civilian landscape. » (Belco, p. 52-53) Le but de l’opération Strangle était de perturber le ravitaillement allemand en hommes et en fournitures tant sur la route que sur les rails jusqu’aux batailles décisives pour Rome en mai et juin 1944. Les conclusions de Belco reflètent l’interprétation partagée par plusieurs que l’objectif des Alliés était de chasser les Allemands de l’Italie. En fait, l’opération Strangle faisait partie d’une stratégie globale des Alliés qui commandait une offensive majeure contre les forces allemandes en Italie pour les empêcher de renforcer la France après le débarquement du jour J en Normandie (Opération Overlord). Le Général Alexander définissait le principal objectif stratégique de la campagne d’Italie: « To force the enemy to commit the maximum number of divisions to operations in Italy at the time Overlord is launched ». L’opération Strangle n’était donc pas de conduire les Allemands hors de l’Italie, mais de les y maintenir. En définitive, Belco a raison de dénoncer les souffrances italiennes sous le poids des bombes alliées. Peu importe l’importance des objectifs de l’opération Strangle, il ne fait aucun doute que les Italiens ont payé un lourd tribut.

L’étude de cas faite par Victoria Belco est une contribution importante à notre compréhension de l’impact de la Seconde Guerre mondiale sur l’Italie. La reconnaissance par Belco du fardeau pesant sur les civils pris au cœur d’un conflit nous rappelle que la guerre moderne ne se fait pas dans le vide mais laisse des cicatrices profondes sur les populations locales longtemps après que la paix soit déclarée.

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Posted by:

Kellen Kurschinski

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